TCA et santé bucco-dentaire : dépister et prévenir

Les TCA peuvent affecter l’émail, la sensibilité, la salive et l’esthétique du sourire. Les conséquences ne se limitent pas aux vomissements : dépistage, prévention, coordination et choix du bon moment restaurateur sont essentiels.

Les troubles des conduites alimentaires peuvent s’accompagner d’érosion dentaire, de sensibilité, de modifications salivaires et d’autres manifestations bucco-dentaires. Les vomissements augmentent le risque mais ne résument pas le problème. Le rôle du chirurgien-dentiste est de dépister, prévenir, protéger, coordonner avec l’équipe soignante et reconstruire lorsque le contexte clinique le permet.

Les conséquences dentaires des TCA ne se limitent pas aux vomissements

Les troubles des conduites alimentaires peuvent avoir des conséquences sur :

  • l’émail ;
  • la dentine ;
  • la sensibilité ;
  • la salive ;
  • les muqueuses ;
  • le risque carieux ;
  • l’esthétique ;
  • la qualité de vie orale.

Les méta-analyses récentes retrouvent davantage d’érosion dentaire chez les personnes atteintes de TCA ainsi qu’une tendance à un flux salivaire et un pH plus faibles, même si la certitude globale des preuves reste limitée pour plusieurs paramètres. Sources 1 à 3 [1–3]

La prise en charge dentaire doit donc dépasser la seule question :
« y a-t-il des vomissements ? »

Pourquoi les TCA peuvent-ils affecter les dents ?

Plusieurs mécanismes peuvent se combiner :

  • vomissements ou régurgitations ;
  • reflux ;
  • alimentation acide ;
  • modifications alimentaires ;
  • hyposalivation ;
  • déshydratation ;
  • dénutrition ;
  • certains médicaments ;
  • habitudes d’hygiène ;
  • facteurs mécaniques.

Cette diversité explique pourquoi deux patients présentant le même diagnostic psychiatrique peuvent avoir des tableaux dentaires très différents.

Peut-on avoir des érosions dans l’anorexie restrictive sans vomissements ?

Oui

Une revue systématique a montré que les patients atteints de TCA présentent davantage d’érosion, avec un risque particulièrement élevé en cas de vomissements, mais l’association ne disparaît pas pour autant en leur absence. Source 2 [2]

Les données récentes retrouvent également des modifications du flux salivaire et du pH chez les patients anorexiques. Sources 1, 4 [1,4]

Pourquoi le dépistage dentaire est-il important ?

Les lésions initiales peuvent être discrètes.

Un dépistage précoce permet :

  • de documenter ;
  • d’évaluer les facteurs de risque ;
  • de prévenir ;
  • de réduire les sensibilités ;
  • de surveiller ;
  • d’éviter autant que possible d’attendre une destruction importante avant d’agir.

Les revues récentes soulignent le rôle du chirurgien-dentiste dans la reconnaissance des manifestations bucco-dentaires et l’orientation lorsque nécessaire. Sources 1, 3, 5 [1,3,5]

Mon activité à la CMME

Depuis 2024, j’exerce comme praticien attaché à la CMME — Clinique des Maladies Mentales et de l’Encéphale — de l’Hôpital Sainte-Anne.

Avec les chefs de service de la CMME, j’ai participé à la mise en place d’une consultation de dépistage bucco-dentaire des érosions liées aux TCA, intégrée au parcours d’évaluation initiale.

Cette activité repose sur une logique simple :

repérer tôt → prévenir → protéger → coordonner → restaurer au bon moment.

Que peut-on faire pendant une phase active du TCA ?

Beaucoup de choses, même sans restaurer immédiatement

La prise en charge peut viser :

  • information ;
  • prévention ;
  • réduction des expositions acides lorsque possible ;
  • conseils après épisodes acides ;
  • dentifrice adapté ;
  • prise en charge des sensibilités ;
  • protection salivaire ;
  • surveillance ;
  • soins urgents ou nécessaires ;
  • coordination avec l’équipe médicale.

Le dentiste ne traite pas le TCA lui-même.

Il protège la santé bucco-dentaire pendant que le TCA est pris en charge dans son parcours médical et psychologique.

Faut-il attendre la guérison complète avant de restaurer les dents ?

Il n’existe pas un délai universel valable pour tous

Les publications historiques ont souvent recommandé de différer les reconstructions définitives tant que les comportements érosifs actifs n’étaient pas stabilisés. Sources 6, 7 [6,7]

En pratique contemporaine, la décision doit être plus individualisée.

On distingue :

  • soins urgents ;
  • traitements protecteurs ;
  • solutions transitoires ou réparables ;
  • reconstruction définitive plus importante.

Le bon moment dépend :

  • de l’activité du TCA ;
  • de l’exposition acide ;
  • de la stabilité médicale ;
  • du degré de destruction ;
  • des symptômes ;
  • du besoin esthétique ;
  • de la capacité de suivi ;
  • de la coordination avec l’équipe.

Il n’existe pas de “nombre de mois obligatoire” applicable à tous les patients.

Peut-on reconstruire un sourire après un TCA ?

Oui

Lorsqu’une réhabilitation devient pertinente, les objectifs sont souvent doubles :

  • retrouver les volumes et la fonction ;
  • retrouver un sourire dans lequel le patient se reconnaît.

Les techniques adhésives permettent aujourd’hui des réhabilitations beaucoup plus conservatrices qu’autrefois. Sources 8, 9 [8,9]

Selon le cas :

  • composite ;
  • overlays ;
  • restaurations partielles ;
  • facettes ;
  • combinaison de plusieurs solutions.

La planification esthétique permet également de réintégrer le patient dans le projet de reconstruction.

Une consultation dentaire peut-elle révéler un TCA ?

Parfois, certaines manifestations orales peuvent conduire le chirurgien-dentiste à poser des questions avec tact et à proposer une orientation.

Mais une érosion dentaire ne diagnostique jamais à elle seule un TCA.

Le rôle du dentiste est :

  • reconnaître un signal possible ;
  • aborder le sujet sans jugement ;
  • orienter ;
  • protéger la bouche.

DentCA

Je suis fondateur et président de DentCA, structure destinée à développer :

  • le dépistage ;
  • la prévention ;
  • la formation des praticiens ;
  • l’orientation ;
  • la prise en charge bucco-dentaire des patients atteints de TCA.

FAQ

Les vomissements sont-ils indispensables pour avoir une érosion liée à un TCA ?

Non.

Un dentiste peut-il diagnostiquer une anorexie ou une boulimie ?

Non. Il peut repérer des signes, ouvrir le dialogue et orienter vers les professionnels compétents.

Peut-on faire des soins dentaires pendant un TCA actif ?

Oui. Prévention, urgences, soins nécessaires et protection sont possibles. La stratégie restauratrice définitive est individualisée.

Est-ce que les dents peuvent être reconstruites après des années d’érosion ?

Oui, souvent grâce à des techniques adhésives conservatrices.

Faut-il parler de son TCA au dentiste ?

Cette information peut fortement améliorer le diagnostic, les conseils de prévention et le choix du moment thérapeutique.

Sources scientifiques

Les références ci-dessous soutiennent les principaux messages cliniques de cette page.

Voir les 9 sources scientifiques
  1. [1]

    Chan CCK, Chen AMC, Lam PPY. Oral health status of individuals with eating disorders: Systematic review and meta-analysis. J Dent. 2024;151:105427.

  2. [2]

    Nijakowski K, Jankowski J, Gruszczyński D, Surdacka A. Eating Disorders and Dental Erosion: A Systematic Review. J Clin Med. 2023;12(19):6161.

  3. [3]

    Valeriani L, Frigerio F, Piciocchi C, et al. Oro-dental manifestations of eating disorders: a systematic review. J Eat Disord. 2024;12(1):87.

  4. [4]

    Niederau C, Alman E, Rizk M, et al. The influence of anorexia nervosa on oral health and related parameters potentially relevant to orthodontic treatment: a systematic review and meta-analysis. Clin Oral Investig. 2025;29(1):76.

  5. [5]

    Anderson S, Gopi-Firth S. Eating disorders and the role of the dental team. Br Dent J. 2023;234(6):445–449.

  6. [6]

    Imfeld C, Imfeld T. Eating disorders (II)—dental aspects. Schweiz Monatsschr Zahnmed. 2005;115(12):1163–1171.

  7. [7]

    Faine MP. Recognition and management of eating disorders in the dental office. Dent Clin North Am. 2003;47(2):395–410.

  8. [8]

    Fan J, Wang B, Wang L, et al. Clinical performance of minimally invasive full-mouth rehabilitation using different materials and techniques for patients with moderate to severe tooth wear: a systematic review and meta-analysis. Clin Oral Investig. 2025;29(2):96.

  9. [9]

    Chantler JGM, Pirc M, Strauss F, et al. Rehabilitation of the Worn Dentition With Direct and Indirect Minimally Invasive Concepts—A Systematic Review and Meta-Analysis. J Esthet Restor Dent. 2025;37(3):690–701.

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Consultation dentaire TCA / érosion