Anorexie restrictive : érosion dentaire sans vomissements

L’absence de vomissements n’exclut pas le risque d’érosion : flux salivaire, pH, alimentation acide, déshydratation, médicaments et contraintes mécaniques peuvent se combiner.

L’idée « érosion dentaire = vomissements » est trop simple. Dans l’anorexie restrictive, une érosion peut aussi être favorisée par une diminution du flux salivaire, un pH plus bas, certaines habitudes alimentaires acides, la déshydratation ou des médicaments sialoprives. Le diagnostic repose donc sur l’ensemble du contexte et non sur la seule présence de comportements purgatifs.

L’absence de vomissements n’élimine pas le risque d’érosion

L’idée « érosion dentaire = vomissements » est trop simple.

Les vomissements constituent effectivement un facteur de risque majeur d’érosion, notamment dans certains TCA. Mais des lésions peuvent aussi apparaître chez des patients sans vomissements provoqués.

Une méta-analyse consacrée aux TCA et à la santé orale souligne précisément que le risque peut persister en dehors des comportements purgatifs, avec plusieurs mécanismes possibles : diminution de la salive, alimentation acide, déficits nutritionnels ou sécheresse buccale médicamenteuse. Source 1 [1]

Premier mécanisme : la salive protège les dents

La salive participe à :

  • diluer et éliminer les acides ;
  • tamponner le pH ;
  • lubrifier ;
  • participer à la reminéralisation.

Lorsque le flux salivaire diminue, les dents disposent de moins de protection contre les épisodes acides.

La méta-analyse 2024 sur les TCA retrouve chez les patients atteints de troubles alimentaires un flux salivaire et un pH plus faibles que chez les témoins, même si la certitude des preuves demeure faible. Source 2 [2]

Une méta-analyse 2025 centrée sur l’anorexie nervosa retrouve également des altérations significatives du flux et du pH salivaires. Source 3 [3]

Pourquoi la salive peut-elle diminuer dans l’anorexie ?

Plusieurs facteurs peuvent contribuer :

  • hydratation insuffisante ;
  • apports alimentaires réduits ;
  • dénutrition ;
  • modifications métaboliques ;
  • certains médicaments ;
  • contexte psychologique et comportemental.

Il est difficile d’attribuer une hyposalivation à une seule cause chez un patient donné.

C’est justement pourquoi le bilan doit rester individualisé.

Deuxième mécanisme : ce que l’on mange ou boit

Une alimentation quantitativement réduite n’est pas forcément peu acide.

Certains patients consomment fréquemment :

  • sodas sans sucre ;
  • boissons light ;
  • boissons énergétiques ;
  • eaux aromatisées acides ;
  • agrumes ;
  • tomates ;
  • vinaigre ;
  • boissons chaudes citronnées.

L’érosion dépend davantage de la fréquence et du potentiel érosif des expositions que de la quantité calorique.

Une consommation « diététique » peut donc être très différente d’une alimentation protectrice pour l’émail.

Troisième mécanisme : les médicaments et la sécheresse buccale

Certains psychotropes ou autres traitements peuvent favoriser une sensation de bouche sèche ou une diminution du flux salivaire.

La littérature sur les TCA décrit les médicaments parmi les facteurs pouvant contribuer aux manifestations orales en l’absence de vomissements. Sources 1, 4 [1,4]

Le message n’est pas d’arrêter un traitement.

Il est d’identifier la sécheresse buccale comme un facteur supplémentaire à prendre en compte, en coordination avec les prescripteurs si nécessaire.

Quatrième mécanisme : les contraintes mécaniques

Une surface dentaire fragilisée par des expositions acides peut être davantage affectée par les contraintes mécaniques.

L’erosive tooth wear est aujourd’hui défini comme un processus chimico-mécanique, et non comme une dissolution acide isolée. Sources 5, 6 [5,6]

Un brossage très énergique ou d’autres contraintes peuvent donc contribuer au tableau, sans être nécessairement la cause principale.

L’anorexie elle-même est-elle une cause directe d’érosion ?

Il faut éviter ce raccourci

Le diagnostic psychiatrique n’agit pas directement sur l’émail.

Il crée plutôt un contexte dans lequel certains facteurs peuvent apparaître ou se combiner :

  • salive ;
  • nutrition ;
  • comportements ;
  • médicaments ;
  • reflux ;
  • expositions acides.

C’est pourquoi deux personnes souffrant d’anorexie restrictive peuvent présenter des situations dentaires très différentes.

Pourquoi dépister tôt ?

Parce qu’une érosion débutante peut être discrète alors que la perte de substance est irréversible.

Le dépistage permet d’agir sur :

  • alimentation ;
  • hygiène ;
  • salive ;
  • fluorures ;
  • sensibilités ;
  • suivi ;
  • coordination médicale.

Le but est de protéger les dents pendant la prise en charge du TCA, et pas seulement d’attendre la fin du parcours pour reconstruire.

Quel dentifrice en cas de risque d’érosion ?

Les dentifrices fluorés font partie de la stratégie préventive.

Une umbrella review 2026 retrouve une protection expérimentale particulièrement cohérente pour les formulations contenant de l’étain, tout en précisant que les preuves cliniques à long terme sur la progression réelle de l’erosive tooth wear restent limitées. Source 7 [7]

Le choix doit donc s’intégrer à une prévention globale et non être présenté comme une solution isolée.

Faut-il reconstruire immédiatement les dents ?

Pas nécessairement.

Lorsque les lésions sont encore modérées, l’objectif peut être :
prévenir + surveiller.

Lorsque la perte de substance est importante, le projet restaurateur doit être coordonné avec la situation générale et l’activité des facteurs érosifs.

Les techniques adhésives permettent ensuite, dans de nombreux cas, une reconstruction conservatrice. Source 8 [8]

FAQ

Peut-on avoir des dents érodées sans avoir jamais vomi ?

Oui.

Une alimentation saine peut-elle être acide ?

Oui. Certains aliments ou boissons perçus comme « sains » ou « light » peuvent être très acides.

Les antidépresseurs peuvent-ils jouer un rôle ?

Certains médicaments peuvent favoriser une sécheresse buccale. L’impact doit être évalué individuellement ; aucun médicament ne doit être modifié sans le prescripteur.

Le brossage est-il responsable ?

Un brossage traumatique peut participer aux pertes mécaniques, surtout sur une surface fragilisée, mais il faut rechercher l’ensemble des facteurs.

Peut-on prévenir sans traiter le TCA chez le dentiste ?

Le dentiste ne traite pas le TCA. Il peut néanmoins protéger la bouche, prévenir les complications et coordonner avec l’équipe qui prend en charge le TCA.

Sources scientifiques

Les références ci-dessous soutiennent les principaux messages cliniques de cette page.

Voir les 8 sources scientifiques
  1. [1]

    Kisely S, Baghaie H, Lalloo R, Johnson NW. Association between poor oral health and eating disorders: systematic review and meta-analysis. Br J Psychiatry. 2015;207(4):299–305.

  2. [2]

    Chan CCK, Chen AMC, Lam PPY. Oral health status of individuals with eating disorders: Systematic review and meta-analysis. J Dent. 2024;151:105427.

  3. [3]

    Niederau C, Alman E, Rizk M, et al. The influence of anorexia nervosa on oral health and related parameters potentially relevant to orthodontic treatment: a systematic review and meta-analysis. Clin Oral Investig. 2025;29(1):76.

  4. [4]

    Lo Russo L, Campisi G, Di Fede O, Di Liberto C, Panzarella V, Lo Muzio L. Oral manifestations of eating disorders: a critical review. Oral Dis. 2008;14(6):479–484.

  5. [5]

    Carvalho TS, Colon P, Ganss C, et al. Consensus report of the European Federation of Conservative Dentistry: erosive tooth wear—diagnosis and management. Clin Oral Investig. 2015;19(7):1557–1561.

  6. [6]

    Schlueter N, Amaechi BT, Bartlett D, et al. Terminology of Erosive Tooth Wear: Consensus Report of a Workshop Organized by the ORCA and the Cariology Research Group of the IADR. Caries Res. 2020;54(1):2–6.

  7. [7]

    Gómez VC, Diaz-Dosque M, Fernández CE, et al. A comprehensive evidence synthesis of anti-erosive dentifrices: An umbrella review of systematic reviews. J Dent. 2026;168:106608.

  8. [8]

    Fan J, Wang B, Wang L, et al. Clinical performance of minimally invasive full-mouth rehabilitation using different materials and techniques for patients with moderate to severe tooth wear: a systematic review and meta-analysis. Clin Oral Investig. 2025;29(2):96.

Une érosion sans vomissements mérite un vrai diagnostic

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