Diagnostic des usures dentaires : identifier la cause avant de restaurer

Une dent usée n’est pas un diagnostic : il faut déterminer la nature de l’usure, ses causes, son activité, sa vitesse d’évolution et son impact esthétique et fonctionnel.

Le diagnostic des usures ne consiste pas à observer des dents courtes puis à conclure au bruxisme. Il vise à déterminer si l’usure est mécanique, érosive ou multifactorielle, si elle progresse encore et quels facteurs sont modifiables. Photographies, examen clinique, scans 3D et analyse du contexte permettent ensuite de décider s’il faut prévenir, surveiller ou reconstruire.

Une dent usée n’est pas un diagnostic

Voir des dents courtes, aplaties ou érodées ne suffit pas pour conclure à un bruxisme, à une érosion ou à une perte de dimension verticale.

Le diagnostic des usures consiste à répondre à plusieurs questions :

Quelle est la nature de l’usure ? Quelle est sa cause ? Est-elle encore active ? Quelle est sa vitesse d’évolution ? Quel est son impact esthétique et fonctionnel ?

Les consensus européens recommandent précisément de rechercher l’étiologie, la sévérité, la progression et les possibilités de contrôle avant de décider d’un traitement restaurateur. Sources 1 à 3 [1–3]

Quels signes font penser à une usure dentaire ?

Les signes peuvent être :

  • bords incisifs qui s’aplatissent ;
  • dents qui paraissent plus courtes ;
  • disparition de reliefs ;
  • dentine exposée ;
  • surfaces lisses ou « creusées » ;
  • fissures ou petits éclats ;
  • sensibilités ;
  • changement progressif du sourire.

La distribution des lésions est particulièrement informative : elle peut orienter vers une composante mécanique, érosive ou mixte.

L’usure vient-elle forcément du bruxisme ?

Non : l’usure ne permet pas à elle seule de diagnostiquer un bruxisme

Le bruxisme peut participer à l’usure de certaines dents, mais la relation est complexe.

Une revue de portée publiée en 2024 conclut que le clinicien ne doit pas inférer une activité de bruxisme sur la seule présence d’usure dentaireSource 4 [4]

C’est une distinction importante : traiter une usure comme un « problème de bruxisme » sans analyser le reste peut conduire à passer à côté d’une érosion, d’un reflux, d’habitudes acides ou d’un phénomène multifactoriel.

Comment distingue-t-on attrition, érosion et abrasion ?

Attrition et contraintes mécaniques

L’attrition correspond à une perte de tissu liée aux contacts dentaires. Le schéma d’usure et la fonction doivent être analysés dans leur ensemble.

Érosion dentaire

L’érosion est un processus chimico-mécanique dans lequel des acides non bactériens participent à la perte progressive des tissus durs. Sources 2, 3 [2,3]

Abrasion

L’abrasion correspond à des phénomènes mécaniques faisant intervenir un élément extérieur à la dent.

Usure multifactorielle

C’est une situation très fréquente : une dent chimiquement fragilisée peut ensuite être plus vulnérable aux contraintes mécaniques.

L’objectif n’est donc pas toujours de placer le patient dans une seule catégorie.

Que recherche-t-on dans l’interrogatoire ?

Le diagnostic peut explorer :

  • évolution perçue ;
  • habitudes alimentaires et boissons acides ;
  • reflux ;
  • vomissements ;
  • antécédents de TCA ;
  • médicaments ;
  • sécheresse buccale ;
  • parafonctions ;
  • habitudes professionnelles ou sportives ;
  • sensibilités ;
  • demandes esthétiques ;
  • historique restaurateur.

Certaines informations médicales doivent ensuite conduire à une coordination avec le médecin ou l’équipe concernée.

Pourquoi photographier et scanner ?

La documentation permet :

  • de cartographier les lésions ;
  • de conserver un état de référence ;
  • de comparer dans le temps ;
  • de planifier une éventuelle réhabilitation.

Le scan intra-oral peut contribuer au monitoring longitudinal des usures. Les études récentes montrent son intérêt pour mesurer l’évolution, tout en rappelant que les très petites variations doivent être interprétées avec prudence. Source 5 [5]

Qu’est-ce que le BEWE ?

Le Basic Erosive Wear Examination (BEWE) est un indice clinique utilisé pour dépister et graduer l’usure érosive par sextant.

Il est recommandé dans les documents de consensus sur l’erosive tooth wear. Source 2 [2]

Il ne remplace cependant pas :

  • l’interrogatoire ;
  • le diagnostic étiologique ;
  • l’évaluation de l’activité ;
  • le suivi photographique ou numérique.

Un score n’est donc pas un diagnostic complet.

Comment savoir si l’usure progresse ?

La question de l’activité est centrale.

On peut s’appuyer sur :

  • évolution clinique ;
  • comparaison photographique ;
  • comparaison de modèles ou scans ;
  • apparition de nouvelles zones de dentine ;
  • modification des contours ;
  • évolution des sensibilités ;
  • persistance de facteurs de risque.

Une usure importante mais stable n’a pas le même enjeu qu’une usure moins spectaculaire mais encore très active.

Faut-il toujours restaurer une usure diagnostiquée ?

Non : diagnostic et traitement sont deux décisions différentes

La restauration dépend notamment :

  • de la sévérité ;
  • de la progression ;
  • des symptômes ;
  • de l’esthétique ;
  • de la fonction ;
  • du risque futur ;
  • des attentes du patient.

Le consensus européen sur l’usure sévère insiste sur le caractère multifactoriel et individualisé de la décision thérapeutique. Source 1 [1]

Dans certaines situations, la meilleure prise en charge est d’abord :
prévenir, stabiliser et surveiller.

FAQ

Un dentiste peut-il savoir depuis combien de temps mes dents s’usent ?

Pas précisément à partir d’un seul examen. L’historique, les photographies anciennes et surtout le suivi permettent d’apprécier l’évolution.

Les scans permettent-ils de mesurer l’usure ?

Ils peuvent contribuer au suivi longitudinal, mais la précision et la reproductibilité doivent être prises en compte.

Une usure sévère signifie-t-elle forcément perte de dimension verticale ?

Non. La dentition peut compenser une partie de la perte de substance. L’analyse de la DVO doit être individualisée.

Peut-on diagnostiquer le bruxisme avec l’aspect des dents ?

Non. L’usure seule ne suffit pas.

Pourquoi rechercher un reflux ?

Parce que les acides gastriques peuvent participer à l’erosive tooth wear, parfois même en l’absence de symptômes digestifs très évidents.

Sources scientifiques

Les références ci-dessous soutiennent les principaux messages cliniques de cette page.

Voir les 5 sources scientifiques
  1. [1]

    Loomans B, Opdam N, Attin T, et al. Severe Tooth Wear: European Consensus Statement on Management Guidelines. J Adhes Dent. 2017;19(2):111–119.

  2. [2]

    Carvalho TS, Colon P, Ganss C, et al. Consensus report of the European Federation of Conservative Dentistry: erosive tooth wear—diagnosis and management. Clin Oral Investig. 2015;19(7):1557–1561.

  3. [3]

    Schlueter N, Amaechi BT, Bartlett D, et al. Terminology of Erosive Tooth Wear: Consensus Report of a Workshop Organized by the ORCA and the Cariology Research Group of the IADR. Caries Res. 2020;54(1):2–6.

  4. [4]

    Bronkhorst H, Kalaykova S, Huysmans MC, Loomans B, Pereira-Cenci T. Tooth wear and bruxism: A scoping review. J Dent. 2024;145:104983.

  5. [5]

    Schlenz MA, Schlenz MB, Wöstmann B, Glatt AS, Ganss C. Intraoral scanner-based monitoring of tooth wear in young adults: 36-month results. Clin Oral Investig. 2024;28(6):350.

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